Georges Kan

éditions musicales européennes

catalogues

music on sale

hire library

brass urtext

youth

events

concerts

festivals

records

information

printed catalogues

composers

links

emepublish.com

last update: July 1. 2007

european composers

CZ

Ondrej Adámek

D

Carsten Hennig
Johannes Schöllhorn
Mathias Spahlinger

E

Alberto Posadas

F

Bernard Cavanna
Joël-François Durand
Suzanne Giraud
Octavio López
Alain Louvier
Frédérick Martin
Paul Méfano
François Narboni
Thierry Pécou
Philippe Schoeller

I

Aureliano Cattaneo

RO

Aurèle Stroë

CH

Gérard Zinsstag

biography | écrits | prix des éditions musicales européennes >>

Georges Kan is born in 1958 at Enghien-les-bains. First studies in CNR of Limoges, then in Rubin Academy of Music (Tel-Aviv) in piano-class with Walter Aufhauser.
Pianist and composer, and good teacher as well, he is attracted by musical publishing.
From 1990 he proposed to french publishers his music engraving services using his Société de Musique et d'Informatique (SMI) company.

In 1994 he founded the Editions Musicales Européennes which he is the artistic manager.

As an hommage to Gérard Grisey, he founded in 1999 the bisbigliando.com website entirely dedicated to contemporary music in France and in Europe.

Finaly, to make known young composers at the beginning of their carreer, il founded in 2001 the Prix des Editions Musicales Européennes which first winner was the young italian composer Aureliano Cattaneo.

Georges Kan is also active in musicologic research about repertoire masterpieces.
Since 2005 he launches a large project about the works of
Ludwig van Beethoven which normally should lead to a publication of the Sonatas in a new pre-romantic reconstruction to be issued during next years.

 

biography | écrits | prix des éditions musicales européennes >>

[in french]


"Ça sonne"
Ce qui désespère dans sa musique, c'est qu'elle sonne là où on s'y attend le moins. J'en ai fait la douloureuse expérience avec
Messe un jour ordinaire. Cette partition, je croyais la connaître. Je m'extasiais d'avance du Gloria, de la confrontation de Laurence dans son «rôle» dramatique face à la horde, attendant bêtement l'apparition de la Berma. Mais je trébuchai sur Hôtel trois Fleuries, prenai l'eau dans Ça sonne et chavirai avec Vous avez vu mon bras? Les partitions de Cavanna sont curieuses. Elles sont comme des eaux dangereuses. Pleines de courants irrésistibles et d'écueils qui vous lacérent à vif, marquant au fer votre inconscient de petits bouts de phrases - des intervalles, ou parfois juste un accord - auquels viennent se greffer votre douleur et votre angoisse.

Cavanna règle ses partitions comme d'autres au bistouri, penchés sur un billard. Il enlève, retire, segmente, repousse pour éclaircir un chemin vers le lointain et le profond. Il se sépare sans remords de matériaux qu'il juge désormais inutiles. "De toute façon, cela n'apportait rien" - citation de l'intéressé. Et quelle épure en sort-il ? Un miroir, qu'il nous tend, tranchant, inconfortable, dont la forme nouvelle ne nous permet pas de saisir notre moi dans sa splendeur mais poétiquement un nez et un rictus, ou une joue et une mèche, ou bien deux beaux yeux d'enfants, est-ce bien les nôtres. Car sa musique fait également sourire des souvenirs, ces volets de notre enfance restés clos, et que nous avons quittés pour d'autres horizons.

Mais le voyage dans son oeuvre n'est pas un périple, on y est «chez soi», entouré d'amis que sont ces opus qui se visitent les uns les autres à notre insu. «Vous reprendrez bien une p'tite part de Trio» nous dit le Concerto. Ah non, rétorque la Messe, «je l'avais invité la première» Et finalement la voix, partout. C'est étonnant d'entendre un violon égrainer un air ou un récitatif. Mozart l'a fait souvent, d'autres aussi. Ce trop-plein de thématique lyrique ne cache qu'une chose : l'opéra. Cavanna le respire et le sue. Il nous en fera voir de toutes les couleurs. L'opéra, c'est la vie. Tous les coups sont permis. Même les plus simples. Trois notes et les cheveux se hérissent. Un air de bandonéon et le suspense devient insoutenable. Des percussions venues d'ailleurs. Deux harpes désaccordées. Et par dessus tout le chant, graveleux, détimbré et magnifique, mêlé d'une psychologie redoutable, qui traîne les personnages tels des lambeaux humains sur scène. Sur Cène.

Georges Kan in Bernard Cavanna D'autres confessions... (collection à la ligne)

 

écrits >>


Arranger n'est pas trahir.
Lorsque je découvris les premiers manuscrits des Valses * que Paul Méfano venait de me transmettre, je fus saisi d'effroi allant jusqu'à m'écrier « Mais à quoi bon des valses maintenant ! ». J'avoue qu'un nouvel arrangement de Waldteufel ne cadrait pas spécialement avec la vision que j'avais d'une jeune maison d'édition tournée vers l'avenir. Pour autant je connaissais le travail effectué par Méfano pour la (re)lecture, entre autres, de manuscrits oubliés. J'admirais son engagement mais restait convaincu du manque d'intérêt pour moi d'une telle démarche.

Il me fallut alors me plonger avec un soupçon de condescendance dans ces manuscrits qui très vite révélèrent l'âme du compositeur : je veux dire la distance ou la transparence d'un travail qui laisse bien sûr entrevoir l'original - omniprésent - tout en affermissant la notion de temps, qui sépare deux siècles et nous fait accumuler ou superposer des sensations sonores vécues tels les visages aimés dans celui que l'on désire. Je fus irrité quelquefois par le manque de révérence du sieur Méfano pour son aîné, des libertés qu'il prit ou carrément des piques qu'il alla jusqu'à enfoncer humoristiquement dans nos oreilles, histoire de nous réveiller en appliquant à la lettre le contenu cinématographique cristallisé dans des titres évocateurs.

A l'écoute du magnifique travail de Dominique My à la tête de l'ensemble Fa - véritable introspection et interprétation accomplies sur plusieurs mois pour venir à bout de cette grâce méfanienne faite de doubles trilles pervers, d'appoggiatures casse-gueules ou d'arpèges injouables - force est pour moi de reconnaître que je revis un temps méconnu ou ignoré. Méfano, au mépris du ridicule a su transcrire, enrichir pour mes fades oreilles blasées, ce que je croyais banal. Mais Waldteufel n'est qu'un prétexte. Par de subtils signaux fugitifs et subliminaux, Méfano me fait glisser vers le tango, le jazz ou l'univers des Kleizmers. Bref il tient la barre.

Et finalement, quelle différence entre composer et interpréter ? Un Pécou réinventant des chants précolombiens, un Narboni faisant son fiel de l'univers pop art, un Zinsstag s'appropriant un spectre de Grisey ont-ils péché ? Ont-ils failli à leur sacro-saint devoir d'originalité ? Ne s'agit-il pas pour eux d'établir leur position spatio-temporelle dans la création en se fixant des amers qui, vus de leur vaisseau fantôme, donnent une idée de la distance qui les séparent des côtes rassurantes de l'académisme. C'est ce lointain qu'il nous faut apprécier. Les jumelles ne seront d'aucun secours.

Georges Kan in Programme 2002

(*) Mon ami Emile, une lecture particulière des valses de Waldteufel - Paul Méfano

au piano chez le compositeur Bernard Cavanna
© Bernard Cavanna

écrits >>


Eloge de la petite phrase.
La musique serait-elle devenue ultra-thématique ? Force est de constater l'émergence d'oeuvres dont la définition du matériau au sens «impressionniste» n'est plus forcément le son dans ses reflets spectraux comme point générateur d'interférence mais plutôt le motif, répété, multiple et transformé. Ce changement de l'échelle des fréquences pouvant rappeler le passage du point à la tache de couleur chez les peintres fauves et les premiers cubistes est de bon augure car il revêt la fonction de point d'inflexion dans la courbe de dislocation de la tonalité. Ces retrouvailles avec le «motif» dans des oeuvres nouvelles et parfois pulsées viennent contrecarrer les espoirs naïfs des tenants d'un retour à des formes de tonalité connues. Ils viennent également stimuler les héritiers de la musique contemporaine en les pressant d'adapter les modèles sonores à une réalité désormais irréversible. La musique n'est plus celle du nihilisme. Le vivant devenu soudain cher à tous - n'est-il pas temps ? - a pris le dessus dans les considérations artistiques des compositeurs d'aujourd'hui. Un filtre de couleur vient s'ajouter qui éloigne quelque peu la réalité violente et déchirée du XXe siècle en lui offrant un deuxième niveau de lecture, ironique, joyeux, mais critique.

Il n'est pas donné à tous de saisir l'importance de cette nouvelle strate. L'abondance du thème le neutralise par sa multiplicité dans une première écoute quitte à offrir à la seconde ou à la troisième ce qu'il cachait de meilleur. «Il nous reste à aimer telle phrase que son ordre trop nouveau pour offrir à notre esprit rien que confusion nous avait rendue indiscernable et gardée intacte ; alors elle devant qui nous passions tous les jours sans le savoir et qui s'était réservée, qui par le pouvoir de sa seule beauté était devenue invisible et restée inconnue, elle vient à nous la dernière. Mais nous la quitterons aussi en dernier. Et nous l'aimerons plus longtemps que les autres, parce que nous aurons mis plus longtemps à l'aimer. Ce temps du reste qu'il faut à un individu - comme il me le fallut à moi à l'égard de cette Sonate - pour pénétrer une oeuvre un peu profonde, n'est que le raccourci et comme le symbole des années, des siècles parfois, qui s'écoulent avant que le public puisse aimer un chef-d'oeuvre vraiment nouveau.»1

Bien sûr il ne s'agit «que» de la petite phrase de Vinteuil, mais Proust en décrivant les écoutes successives de la même pièce d'abord par Swann puis par le narrateur lui-même met l'accent sur la qualité insaisissable et immatérielle du thème. C'est le travail de la mémoire et du temps qui permet de faire émerger une phrase, dont l'empreinte différenciée d'un matériau houleux, étal ou tourmenté vient marquer nos esprits, d'en extirper la forme, d'en saisir le génie. Et quelle admiration pour le compositeur, celui qui écrit, voit, entend ce que nous autres ne saurons reconnaître que bien tard.

Georges Kan in Programme 2001

1. Proust : A l'ombre des jeunes filles en fleur : autour de Mme Swann (A la recherche du temps perdu ) Editions Gallimard

 

écrits >>


El gran masturbador
J'ai une
Confession impudique à vous faire : je n'écoute pas la musique de Patrick Bruel ni celle de Jean-Jacques Goldmann. Je cherche plutôt la collusion entre le son et l'image dans une sorte d'Eclipse du monde, où l'Envoûtement des sens serait roi. Cette fusion imaginaire, digne d'un tableau de Dali, je la trouverai peut-être dans un Bunter Blitz, à moins que ce ne soit en relisant Heldenplatz... Du ciel goutteraient des Golden Drops dans Quatre paysages à la Turner. Ce seraient les Rain-making Songs, que Mon Ami Emile appelleraient les Pictogrammes.

Loin, très loin de ce monde pourri où Colère rime avec Apocalypsis - non, vous ne me suivez pas - loin de ce monde, cette danse de la mort, cette Tangata vocale, il faudrait l'effleurer ...d'un geste apprivoisé... pour savoir chaque jour ce que Crimes veulent dire (j'en connais un qui dirait que cela valait bien une Messe - pourquoi pas des Concertos tant que vous y êtes).

Souvenez-vous de ce tableau de Dali. Comme toujours, un désert, sans Trompettes ni fanfare, un immense buste git nez à terre, col déchiqueté, d'où émerge l'Amour, double et un à la fois, je veux dire El gran masturbador.

Ceci s'appelle la confusion des genres. Je ne devrais pas, je me prends pour Micromégas. Nous croyons danser des Valses, noblement, bêtement ! nous ne sommes que des Hommes de contradiction...

- Hep ! La parité tu connais ? On dit Hommes et Femmes de contradiction.
- Désolé ce n'est pas dans le texte.
- Oui, mais le politiquement correct ; il faut une place pour tous...
- Encore
le style de l'acier, tu vas voir. Il n'y a que l'amour qui compte. L'étincelle éternelle. Non, je ne suis pas catho, et je ne mettrai pas de "s"
- Et pourtant c'est dans le titre !
- Je ne cèderai pas à la démagogie. Sinon cela va faire des
Etincelles. Je suis un Fauve, je fais l'amour en Trio et je vais te refaire le coup d'Autumn rhythm in summer. Tu connais? C'est le rythme de la Salsa d'Elissa, sans Artifices, que du Vertige.
- oh !

Georges Kan in Programme 2000

 

écrits >>


Pulsions
Jusqu'à peu, la musique "contemporaine" se voulait savante, et les références à la musique ancienne étaient nombreuses. (Je me permets de formuler un parallèle entre l'utilisation du
cantus firmus et celle de la série - étendue à toutes ses mutations intervalliques aussi variées que contradictoires que sont le minimalisme ou la musique spectrale entre autres). Or de plus en plus, la pulsation reprend de la vigueur et de la vitesse. Il ne faut pas y voir une allusion à la musique répétitive. La pulsation jaillit, d'une façon presque bestiale dirais-je, ce qui lui confère un côté primaire banni jusqu'alors par les "contemporains". Aujourd'hui on ne gomme plus ces traits de crayon ; on les laisse, et on s'intéresse à ce qu'il y a autour (avant et après). Du coup, les quintolets de doubles croches et les noires pointées reviennent en force. De magnifiques métiers à tisser se mettent en branle, d'où sort une étoffe multicolore souple et subtile. L'instrumentiste est à nouveau sollicité. Il doit jouer musicalement et non statistiquement (si, cela a existé). A lui de retrouver des réflexes pour gagner en naturel, car la précision arithmétique en musique n'a plus de sens.

Nous sommes maintenant loin de cet univers quasi-scientifique qu'a été ce demi-siècle, où la pulsation calée sur le mouvement d'une horloge laissait entrevoir des truchements rythmiques et soniques s'apparentant plus aux mouvements aléatoires d'électrons en orbite qu'à un rythme biologique. Cette pulsation à 60 (une des plus usitées) formait comme une croûte temporelle qui, même enrichie de mouvements spéculatifs internes, ne pouvait empêcher une forme de rigidité dans l'évolution temps-espace. Pourtant certains agrégats sonores accusaient de fortes accélérations et fusaient comme des particules, mais la sensation restait celle d'éruptions, violentes dans leur instabilité sans que s'en dégage un réel mouvement. Ces instantanés étaient figés par la plaque photo-sensible qu'était la partition. D'où ces beaux ensembles architecturaux, parfois plus beaux à regarder qu'à écouter, que le chef - seul et unique destinataire pour certains, essayait de communiquer par le pouvoir de sa baguette au cercle fermé des interprètes et du public.

Et les instrumentistes ? On prit la fâcheuse habitude de ne faire que peu de cas de leur confort. Même si un travail de grande intimité professionnelle liait l'auteur et le créateur de l'oeuvre, ce dernier était plutôt ressenti comme un rempart, un dernier verrou avant l'utopie. D'où ces partitions faites d'agglomérés de modes de jeu sur une même note ! Chaque création était une expérience ; les enjeux étaient quasiment sportifs et le plaisir résidait dans le risque. Aujourd'hui c'est le jeu et non le déchiffrage qui est au centre de l'interprétation. On apprend à se passer de la complication (qui est la complexité des sourds) et de la redondance. Même quand certains petits génies crient au dernier Bach, c'est néanmoins une musique moins savante dans sa "démarche" (pour utiliser un mot à la mode en passe de ne plus l'être) mais plus subtile dans sa texture, qui s'écrit. Et si raffinement de la complexité et du foisonnement il doit y avoir, c'est à l'oreille que cela se juge et non sur le papier. Les interprètes quant à eux sont priés de jouer avec feeling et justesse le détail de ce qui atteint à la souplesse de l'improvisation...

Et que nous vaut l'honneur de ce récit, me demanderez-vous ? Rien... Juste vous présenter des auteurs que vous aurez sans doute reconnus dans le portrait que je dresse de la nouvelle vague.

Georges Kan in Programme 1999

 

écrits >>


Trio avec accordéon - vous avez dit accordéon ?
Quand on écoute le magnifique disque monographique consacré à Bernard Cavanna dans la collection MFA - Radio France
1, on est d'emblée frappé par le son envoûtant du Trio 2. L'accordéon n'y est point pour rien, sans doute. Cavanna en fait son instrument fétiche, un peu "l'âme" de ses oeuvres (l'âme au sens de celle du violon). L'accordéon, instrument des rues, un terrible décalage avec la salle de concert. Ce porte-à-faux, Cavanna - et d'autres compositeurs 3 - l'ont utilisé pour "porter" à la scène la lugubre dérision d'un siècle grinçant. D'où cette distance, ce mirage qui s'installe au premier mouvement. Vraie ou fausse musette, "qui joue quoi ?" pour reprendre Jean-Noël von der Weid 3. Cavanna installe des brouillards angoissants, ceux du délire, de l'agonie. L'agitation du début de ses dernières grandes oeuvres est bien réelle, mais vue de l'intérieur, ce n'est qu'un immense tournis qui cède progressivement pour une plage de calme, pleine d'essence de l'être, à l'abri des vanités. Réduit à deux accords, l'accordéon n'est plus qu'un spectre, un métronome, une respiration.

Le Trio avec accordéon est une oeuvre charnière dans la création de Cavanna. Il a germé autour de Messe un jour ordinaire dont il a puisé certains matériaux. En s'épanouissant, il a contribué en retour au déploiement définitif de la Messe dans sa version que nous connaissons aujourd'hui. Son rôle d'oeuvre satellite aurait pu s'achever là. Mais - preuve qu'une oeuvre est bien vivante - il devient l'embryon du 2e mouvement du Concerto pour violon et orchestre. Pourtant à l'écoute, cela n'y paraît pas d'une façon évidente. Cavanna nous a révélé sa cuisine ; il l'a fait car le lien entre ces oeuvres est fort. Non point un lien textuel, où bien un artifice d'écriture que même les plus zélés d'entre-nous ne parviendraient à débusquer. NonŠ Après l'écoute, c'est la sensation d'avoir reçu un coup de griffe. D'une même patte. Quelque chose qui est en nous et qui nous fait dire: c'est du Cavanna. Ce n'est pas que l'accordéon qui est en causeŠ

Georges Kan in Programme 1999

1. Bernard Cavanna - disque MFA Radio-France, collection MFA N° 216025 (Trio avec accordéon, Messe un jour ordinaire, Fauve)
2. Interprété par le Trio Allers-retours : Noëmi Schindler, violon - Christophe Roy, violoncelle - Pascal Contet, accordéon. Voir page 6 le calendrier des prochains concerts.
3. L'accordéon incendie la musique d'aujourd'hui par Jean-Noël von der Weid in Dissonanz Nr. 56, Zürich, Mai 1998

 

écrits >>


Premier éditorial
"La musique contemporaine est morte" avons-nous pu entendre récemment... eh bien tant mieux, vive la musique ! Car c'est véritablement un foisonnement de styles qui fleurit ces dernières années sur les vestiges du sérialisme. Les jeunes compositeurs affichent parfois une insolente insouciance. Leur musique est légère, aérienne et colorée d'un parfum oublié... Sous les airs maladroits d'un constructivisme tressaillant se cache une âme pastorale inquiète. La communion avec la nature fait à nouveau recette. Oubliée la violence à peine retenue des aînés. Oubliée l'explosion à fleur de peau. L'humour des cadets n'est ni noir ni sarcastique. Auraient-ils délaissé la révolte ? La grande révolte. Celle qui pendant quarante ans aura mobilisé l'art et la pensée pour tenter de décrire, condamner et exorciser l'abomination du milieu de siècle. Auraient-ils abandonné le combat des générations d'après-guerre ? Le nihilisme et l'autocensure de l'absurde ne sont donc plus leur langage ? Se permettraient-ils de sourire ?

Oui... L'Histoire se bâtit du temps qui passe. Les jeunes créateurs veulent exprimer l'angoisse et l'espoir, mais avec leur musique. Une musique fraîche, diverse et libre. Une musique qui n'exclut pas les réminiscences d'un passé teinté de ciel levant. Où l'on redécouvre l'antique, où l'on réapprend la sonorité, mais toujours sur le qui-vive, comme les premiers pas d'un jeune enfant. On chante, on swingue, sans illusion. Il ne faut surtout pas se fier à l'écriture limpide, car l'imprévu est au rendez-vous. Mais l'échelle des événements est devenue humaine. Bref, l'on s'y reconnaît.

Ces musiques se côtoient ; elles s'enrichissent les unes les autres. Elles nous émeuvent, nous irritent et nous charment. Espérons qu'elles continueront à ne rien se refuser et qu'elles sauront intégrer à leur discours l'héritage du XXe siècle.

Georges Kan et Jean-Claude Croux in Catalogue E.M.E. 1998