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Georges Kan |
éditions musicales européennes | ||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Georges Kan is born in 1958 at
Enghien-les-bains. First studies in CNR of Limoges, then in Rubin
Academy of Music (Tel-Aviv) in piano-class with Walter Aufhauser.
Pianist and composer, and good teacher as well, he is attracted by
musical publishing.
From 1990 he proposed to french publishers his music engraving
services using his Société de Musique et d'Informatique
(SMI) company.
In 1994 he founded the Editions Musicales Européennes which he is the artistic manager.
As an hommage to Gérard Grisey, he founded in 1999 the bisbigliando.com website entirely dedicated to contemporary music in France and in Europe.
Finaly, to make known young composers at the beginning of their carreer, il founded in 2001 the Prix des Editions Musicales Européennes which first winner was the young italian composer Aureliano Cattaneo.
Georges Kan is also active in musicologic
research about repertoire masterpieces.
Since 2005 he launches a large project about the works of
Ludwig van
Beethoven
which normally should lead to a publication of the Sonatas in a new pre-romantic
reconstruction to be issued during next years.
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Cavanna règle ses partitions comme d'autres au bistouri, penchés sur un billard. Il enlève, retire, segmente, repousse pour éclaircir un chemin vers le lointain et le profond. Il se sépare sans remords de matériaux qu'il juge désormais inutiles. "De toute façon, cela n'apportait rien" - citation de l'intéressé. Et quelle épure en sort-il ? Un miroir, qu'il nous tend, tranchant, inconfortable, dont la forme nouvelle ne nous permet pas de saisir notre moi dans sa splendeur mais poétiquement un nez et un rictus, ou une joue et une mèche, ou bien deux beaux yeux d'enfants, est-ce bien les nôtres. Car sa musique fait également sourire des souvenirs, ces volets de notre enfance restés clos, et que nous avons quittés pour d'autres horizons.
Mais le voyage dans son oeuvre n'est pas un périple, on y est «chez soi», entouré d'amis que sont ces opus qui se visitent les uns les autres à notre insu. «Vous reprendrez bien une p'tite part de Trio» nous dit le Concerto. Ah non, rétorque la Messe, «je l'avais invité la première» Et finalement la voix, partout. C'est étonnant d'entendre un violon égrainer un air ou un récitatif. Mozart l'a fait souvent, d'autres aussi. Ce trop-plein de thématique lyrique ne cache qu'une chose : l'opéra. Cavanna le respire et le sue. Il nous en fera voir de toutes les couleurs. L'opéra, c'est la vie. Tous les coups sont permis. Même les plus simples. Trois notes et les cheveux se hérissent. Un air de bandonéon et le suspense devient insoutenable. Des percussions venues d'ailleurs. Deux harpes désaccordées. Et par dessus tout le chant, graveleux, détimbré et magnifique, mêlé d'une psychologie redoutable, qui traîne les personnages tels des lambeaux humains sur scène. Sur Cène.
Georges Kan in Bernard Cavanna D'autres confessions... (collection à la ligne)
écrits
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Arranger n'est pas
trahir.
Lorsque je découvris les premiers manuscrits des Valses * que
Paul Méfano venait de me transmettre, je fus saisi d'effroi
allant jusqu'à m'écrier « Mais à quoi bon
des valses maintenant ! ». J'avoue qu'un nouvel arrangement de
Waldteufel ne cadrait pas spécialement avec la vision que
j'avais d'une jeune maison d'édition tournée vers
l'avenir. Pour autant je connaissais le travail effectué par
Méfano pour la (re)lecture, entre autres, de manuscrits
oubliés. J'admirais son engagement mais restait convaincu du
manque d'intérêt pour moi d'une telle
démarche.
Il me fallut alors me plonger avec un soupçon de condescendance dans ces manuscrits qui très vite révélèrent l'âme du compositeur : je veux dire la distance ou la transparence d'un travail qui laisse bien sûr entrevoir l'original - omniprésent - tout en affermissant la notion de temps, qui sépare deux siècles et nous fait accumuler ou superposer des sensations sonores vécues tels les visages aimés dans celui que l'on désire. Je fus irrité quelquefois par le manque de révérence du sieur Méfano pour son aîné, des libertés qu'il prit ou carrément des piques qu'il alla jusqu'à enfoncer humoristiquement dans nos oreilles, histoire de nous réveiller en appliquant à la lettre le contenu cinématographique cristallisé dans des titres évocateurs.
A l'écoute du magnifique travail de Dominique My à la tête de l'ensemble Fa - véritable introspection et interprétation accomplies sur plusieurs mois pour venir à bout de cette grâce méfanienne faite de doubles trilles pervers, d'appoggiatures casse-gueules ou d'arpèges injouables - force est pour moi de reconnaître que je revis un temps méconnu ou ignoré. Méfano, au mépris du ridicule a su transcrire, enrichir pour mes fades oreilles blasées, ce que je croyais banal. Mais Waldteufel n'est qu'un prétexte. Par de subtils signaux fugitifs et subliminaux, Méfano me fait glisser vers le tango, le jazz ou l'univers des Kleizmers. Bref il tient la barre.
Et finalement, quelle différence entre composer et interpréter ? Un Pécou réinventant des chants précolombiens, un Narboni faisant son fiel de l'univers pop art, un Zinsstag s'appropriant un spectre de Grisey ont-ils péché ? Ont-ils failli à leur sacro-saint devoir d'originalité ? Ne s'agit-il pas pour eux d'établir leur position spatio-temporelle dans la création en se fixant des amers qui, vus de leur vaisseau fantôme, donnent une idée de la distance qui les séparent des côtes rassurantes de l'académisme. C'est ce lointain qu'il nous faut apprécier. Les jumelles ne seront d'aucun secours.
Georges Kan in Programme 2002
(*) Mon ami Emile, une lecture particulière des valses de Waldteufel - Paul Méfano

au piano chez le
compositeur Bernard Cavanna
© Bernard Cavanna
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Eloge de la petite phrase.
La musique serait-elle devenue ultra-thématique ? Force est de
constater l'émergence d'oeuvres dont la définition du
matériau au sens «impressionniste» n'est plus
forcément le son dans ses reflets spectraux comme point
générateur d'interférence mais plutôt le
motif, répété, multiple et transformé. Ce
changement de l'échelle des fréquences pouvant rappeler
le passage du point à la tache de couleur chez les peintres
fauves et les premiers cubistes est de bon augure car il revêt
la fonction de point d'inflexion dans la courbe de dislocation de la
tonalité. Ces retrouvailles avec le «motif» dans des
oeuvres nouvelles et parfois pulsées viennent contrecarrer les
espoirs naïfs des tenants d'un retour à des formes de
tonalité connues. Ils viennent également stimuler les
héritiers de la musique contemporaine en les pressant
d'adapter les modèles sonores à une
réalité désormais irréversible. La
musique n'est plus celle du nihilisme. Le vivant devenu soudain cher
à tous - n'est-il pas temps ? - a pris le dessus dans les
considérations artistiques des compositeurs d'aujourd'hui. Un
filtre de couleur vient s'ajouter qui éloigne quelque peu la
réalité violente et déchirée du XXe
siècle en lui offrant un deuxième niveau de lecture,
ironique, joyeux, mais critique.
Il n'est pas donné à tous de saisir l'importance de cette nouvelle strate. L'abondance du thème le neutralise par sa multiplicité dans une première écoute quitte à offrir à la seconde ou à la troisième ce qu'il cachait de meilleur. «Il nous reste à aimer telle phrase que son ordre trop nouveau pour offrir à notre esprit rien que confusion nous avait rendue indiscernable et gardée intacte ; alors elle devant qui nous passions tous les jours sans le savoir et qui s'était réservée, qui par le pouvoir de sa seule beauté était devenue invisible et restée inconnue, elle vient à nous la dernière. Mais nous la quitterons aussi en dernier. Et nous l'aimerons plus longtemps que les autres, parce que nous aurons mis plus longtemps à l'aimer. Ce temps du reste qu'il faut à un individu - comme il me le fallut à moi à l'égard de cette Sonate - pour pénétrer une oeuvre un peu profonde, n'est que le raccourci et comme le symbole des années, des siècles parfois, qui s'écoulent avant que le public puisse aimer un chef-d'oeuvre vraiment nouveau.»1
Bien sûr il ne s'agit «que» de la petite phrase de Vinteuil, mais Proust en décrivant les écoutes successives de la même pièce d'abord par Swann puis par le narrateur lui-même met l'accent sur la qualité insaisissable et immatérielle du thème. C'est le travail de la mémoire et du temps qui permet de faire émerger une phrase, dont l'empreinte différenciée d'un matériau houleux, étal ou tourmenté vient marquer nos esprits, d'en extirper la forme, d'en saisir le génie. Et quelle admiration pour le compositeur, celui qui écrit, voit, entend ce que nous autres ne saurons reconnaître que bien tard.
Georges Kan in Programme 2001
1. Proust : A l'ombre des jeunes filles en fleur : autour de Mme Swann (A la recherche du temps perdu ) Editions Gallimard
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Loin, très loin de ce monde pourri où Colère rime avec Apocalypsis - non, vous ne me suivez pas - loin de ce monde, cette danse de la mort, cette Tangata vocale, il faudrait l'effleurer ...d'un geste apprivoisé... pour savoir chaque jour ce que Crimes veulent dire (j'en connais un qui dirait que cela valait bien une Messe - pourquoi pas des Concertos tant que vous y êtes).
Souvenez-vous de ce tableau de Dali. Comme toujours, un désert, sans Trompettes ni fanfare, un immense buste git nez à terre, col déchiqueté, d'où émerge l'Amour, double et un à la fois, je veux dire El gran masturbador.
Ceci s'appelle la confusion des genres. Je ne devrais pas, je me prends pour Micromégas. Nous croyons danser des Valses, noblement, bêtement ! nous ne sommes que des Hommes de contradiction...
- Hep ! La
parité tu connais ? On dit Hommes et Femmes de contradiction.
- Désolé ce n'est pas dans le texte.
- Oui, mais le politiquement correct ; il faut une place pour
tous...
- Encore
le style de l'acier, tu vas voir. Il n'y a que l'amour qui compte.
L'étincelle éternelle. Non, je ne suis pas catho, et je
ne mettrai pas de "s"
- Et pourtant c'est dans le titre !
- Je ne cèderai pas à la démagogie. Sinon cela
va faire des Etincelles. Je suis un Fauve, je fais l'amour en Trio et je vais te refaire le
coup d'Autumn rhythm in summer. Tu connais? C'est le rythme de la
Salsa
d'Elissa,
sans Artifices, que du Vertige.
- oh !
Georges Kan in Programme 2000
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Pulsions
Jusqu'à peu, la musique "contemporaine" se voulait savante, et
les références à la musique ancienne
étaient nombreuses. (Je me permets de formuler un
parallèle entre l'utilisation du cantus firmus et celle de la
série - étendue à toutes ses mutations
intervalliques aussi variées que contradictoires que sont le
minimalisme ou la musique spectrale entre autres). Or de plus en
plus, la pulsation reprend de la vigueur et de la vitesse. Il ne faut
pas y voir une allusion à la musique répétitive.
La pulsation jaillit, d'une façon presque bestiale dirais-je,
ce qui lui confère un côté primaire banni
jusqu'alors par les "contemporains". Aujourd'hui on ne gomme plus ces
traits de crayon ; on les laisse, et on s'intéresse à
ce qu'il y a autour (avant et après). Du coup, les quintolets
de doubles croches et les noires pointées reviennent en force.
De magnifiques métiers à tisser se mettent en branle,
d'où sort une étoffe multicolore souple et subtile.
L'instrumentiste est à nouveau sollicité. Il doit jouer
musicalement et non statistiquement (si, cela a existé). A lui
de retrouver des réflexes pour gagner en naturel, car la
précision arithmétique en musique n'a plus de
sens.
Nous sommes maintenant loin de cet univers quasi-scientifique qu'a été ce demi-siècle, où la pulsation calée sur le mouvement d'une horloge laissait entrevoir des truchements rythmiques et soniques s'apparentant plus aux mouvements aléatoires d'électrons en orbite qu'à un rythme biologique. Cette pulsation à 60 (une des plus usitées) formait comme une croûte temporelle qui, même enrichie de mouvements spéculatifs internes, ne pouvait empêcher une forme de rigidité dans l'évolution temps-espace. Pourtant certains agrégats sonores accusaient de fortes accélérations et fusaient comme des particules, mais la sensation restait celle d'éruptions, violentes dans leur instabilité sans que s'en dégage un réel mouvement. Ces instantanés étaient figés par la plaque photo-sensible qu'était la partition. D'où ces beaux ensembles architecturaux, parfois plus beaux à regarder qu'à écouter, que le chef - seul et unique destinataire pour certains, essayait de communiquer par le pouvoir de sa baguette au cercle fermé des interprètes et du public.
Et les instrumentistes ? On prit la fâcheuse habitude de ne faire que peu de cas de leur confort. Même si un travail de grande intimité professionnelle liait l'auteur et le créateur de l'oeuvre, ce dernier était plutôt ressenti comme un rempart, un dernier verrou avant l'utopie. D'où ces partitions faites d'agglomérés de modes de jeu sur une même note ! Chaque création était une expérience ; les enjeux étaient quasiment sportifs et le plaisir résidait dans le risque. Aujourd'hui c'est le jeu et non le déchiffrage qui est au centre de l'interprétation. On apprend à se passer de la complication (qui est la complexité des sourds) et de la redondance. Même quand certains petits génies crient au dernier Bach, c'est néanmoins une musique moins savante dans sa "démarche" (pour utiliser un mot à la mode en passe de ne plus l'être) mais plus subtile dans sa texture, qui s'écrit. Et si raffinement de la complexité et du foisonnement il doit y avoir, c'est à l'oreille que cela se juge et non sur le papier. Les interprètes quant à eux sont priés de jouer avec feeling et justesse le détail de ce qui atteint à la souplesse de l'improvisation...
Et que nous vaut l'honneur de ce récit, me demanderez-vous ? Rien... Juste vous présenter des auteurs que vous aurez sans doute reconnus dans le portrait que je dresse de la nouvelle vague.
Georges Kan in Programme 1999
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Le Trio avec accordéon est une oeuvre charnière dans la création de Cavanna. Il a germé autour de Messe un jour ordinaire dont il a puisé certains matériaux. En s'épanouissant, il a contribué en retour au déploiement définitif de la Messe dans sa version que nous connaissons aujourd'hui. Son rôle d'oeuvre satellite aurait pu s'achever là. Mais - preuve qu'une oeuvre est bien vivante - il devient l'embryon du 2e mouvement du Concerto pour violon et orchestre. Pourtant à l'écoute, cela n'y paraît pas d'une façon évidente. Cavanna nous a révélé sa cuisine ; il l'a fait car le lien entre ces oeuvres est fort. Non point un lien textuel, où bien un artifice d'écriture que même les plus zélés d'entre-nous ne parviendraient à débusquer. NonŠ Après l'écoute, c'est la sensation d'avoir reçu un coup de griffe. D'une même patte. Quelque chose qui est en nous et qui nous fait dire: c'est du Cavanna. Ce n'est pas que l'accordéon qui est en causeŠ
Georges Kan in Programme 1999
1. Bernard
Cavanna - disque MFA Radio-France, collection MFA N° 216025
(Trio avec accordéon, Messe un jour ordinaire, Fauve)
2. Interprété par le Trio Allers-retours : Noëmi
Schindler, violon - Christophe Roy, violoncelle - Pascal Contet,
accordéon. Voir page 6 le calendrier des prochains
concerts.
3. L'accordéon incendie la musique d'aujourd'hui par
Jean-Noël von der Weid in Dissonanz Nr. 56, Zürich, Mai
1998
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Oui... L'Histoire se bâtit du temps qui passe. Les jeunes créateurs veulent exprimer l'angoisse et l'espoir, mais avec leur musique. Une musique fraîche, diverse et libre. Une musique qui n'exclut pas les réminiscences d'un passé teinté de ciel levant. Où l'on redécouvre l'antique, où l'on réapprend la sonorité, mais toujours sur le qui-vive, comme les premiers pas d'un jeune enfant. On chante, on swingue, sans illusion. Il ne faut surtout pas se fier à l'écriture limpide, car l'imprévu est au rendez-vous. Mais l'échelle des événements est devenue humaine. Bref, l'on s'y reconnaît.
Ces musiques se côtoient ; elles s'enrichissent les unes les autres. Elles nous émeuvent, nous irritent et nous charment. Espérons qu'elles continueront à ne rien se refuser et qu'elles sauront intégrer à leur discours l'héritage du XXe siècle.
Georges Kan et Jean-Claude Croux in Catalogue E.M.E. 1998