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cd Thierry Pécou |
éditions musicales européennes | ||||||||||||||||||||||||||||||||
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laissez faire au voyage |
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Thierry
PÉCOU anges et
oiseaux |
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Disque du mois |
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Inclassable non par
volonté de synthèse à la mode mais par
nécessité de renouvellement artistique,
Thierry Pécou (né en 1965) s'impose - sans
tambour ni trompette mais avec des choeurs d'appeaux, des
rideaux de bambous et des bâtons de pluie - comme un
des compositeurs les plus originaux de début de
siècle. L'ensemble Zellig, dont il tient la partie de
piano, est né pour servir sa musique, qui passe, dans
cette monographie, de l'insolite ruissellement à
l'âpre lancinante puis de l'éclat jubilatoire
au déploiement extatique. |
Texte de Présentation
Souvent, je suis
en voyage. De chaque voyage, une oeuvre surgit et l'oeuvre devient
elle-même un voyage, une expérience de vie.
Depuis plusieurs années, je me suis intéressé
à la dimension rituelle de musiques entendues au Mexique,
à Cuba ou au Japon. Marqué par ces voyages, j'ai
cherché dans mes oeuvres à insuffler un peu de cette
dimension qui confère aux musiques rituelles le pouvoir de
venir mordre l'auditeur, de le tirer d'une écoute trop
extérieure et passive pour l'entraîner, sans
détour, dans le tourbillon des sons.
Rapportés de ces voyages, les sons ne se figent pas comme des
objets froids que l'on accrocherait aux murs. Il ne faut pas piller
les sons, mais les réinventer. La musique des
monastères tibétains s'insère comme une ombre
dans Chö , les polyrythmies afro-cubaines
circulent dans Perroquets dazur , et à chaque fois, la
référence à la source ne se limite pas à
l'appropriation d'un matériau sonore mais permet de restituer,
dans une sorte de transposition imaginaire, sa propre essence.
Ainsi, chaque pièce constitue un véritable rituel. Ce
n'est pas un objet qu'on regarde, mais quelque chose dans lequel on
entre et on s'installe. Avec Anges et oiseaux , l'auditeur se trouve
projeté physiquement au centre du dispositif instrumental :
devant lui, un quintette flûte, violon, alto, violoncelle et
piano- et une double arche d'oiseaux (appeaux) et de petites
percussions crotales, bâton de pluie, wood-block) ;
dispersé autour de lui : un ensemble de flûtes, et
derrière lui, au lointain : un ensemble de violons. Les
instruments du quintette, en combinant des passages rigoureusement
écrits et des moments improvisés sont les
véritables moteurs de cette hymne à la nature.
Avec Chö, un rituel
tibétain , on entre dans un tout autre univers
poétique. Ici, l'ensemble instrumental centré sur la
clarinette basse et le piano imite, grâce à
différents artifices, les principaux instruments des
cérémonies rituelles du bouddhisme tibétain : le
Dung chen (puissante et longue trompe grave en cuivre), le Dung kar
(conque en coquillage), le Kang ling (trompe en os humain), les Gya
ling (équivalent des hautbois), les percussions (cymbales,
crotales, gongs, tambours, etc.). Les sons multiphoniques de la
clarinette basse évoquent le style Yang , technique vocale
employée par les moines où une même voix
émet simultanément un son fondamental et son
quatrième harmonique.
Les deux pièces Perroquets d'azur et Quatuor ont été
commandées et composées pour mon ami François
Leleux. Le hautbois est dans la famille des vents, linstrument par
excellence des grandes phrases lyriques. Avec Perroquets
d'azur
, j'ai eu envie de briser cette image en confiant à
linstrument une partition extrêmement vigoureuse et virtuose
où senchevêtrent des rythmes répétitifs
issus de polyphonies rythmiques afro-cubaines. En jouant sur les
registres, les types dattaques, les articulations, le hautbois
devient un véritable orchestre de percussions.
Le Quatuor , composé en 1993 se présente comme un
long mouvement unique. Autour d'un pôle harmonique statique,
centre de gravité vers lequel tout revient
perpétuellement, différentes sections extrêmement
mouvantes et directionnelles s'articulent en un long
développement continu d'une grande densité dramatique.
Il y a dans la pièce une conception cyclique du temps, car les
différentes évolutions repassent périodiquement
par un même point. La partition est dailleurs traversée
d'une forte influence orientale, qui se traduit au delà de
l'étirement temporel par une écoute intérieure
du son dans son immobilité, par l'emploi de certains modes et
le jeu de micro-intervalles dans l'ornementation des lignes
mélodiques.
L'enregistrement de ce disque a été une aventure
fascinante et riche de multiples complicités et
d'amitié entre tous ceux et celles qui y ont mis leur touche.
De ces complicités, l'une mérite d'être plus
particulièrement soulignée : celle qui nous a
liés, Sébastien Noly et moi. Les interprètes, on
le sait, tiennent le rôle considérable de faire exister,
de donner vie à une partition. Dans le cadre d'un disque,
l'ingénieur du son devient à son tour un
interprète, un authentique musicien qui doit chercher les
moyens permettant de restituer le plus justement les intentions
musicales que dégagent l'oeuvre et son interprétation.
C'est ce véritable esprit de recherche qui a accompagné
toutes nos séances d'enregistrement et de post production,
afin de faire de ce voyage une aventure vivante et authentiquement
humaine.
Thierry Pécou