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cd Micromégas (Paul Méfano) |
éditions musicales européennes | ||||||||||||||||||||||||||||||||
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Micromégas de Paul MÉFANO |
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De la Comédie à la
Métaphysique
Micromégas est un sujet impossible à musicaliser.
Micromégas est un sujet parfaitement constitué pour
être musicalisé !
Sept scènes, les sept couleurs primitives de l'arc-en-ciel,
l'air de la femme délaissée, l'air de l'oiseau, l'hymne
à la nature, entonné à deux reprises
différemment... deux personnages singuliers qui dialoguent
amoureusement des choses de la vie et de la relativité des
mondes : il y a là lieu à fantasmes de notes de toutes
sortes ! Voltaire utilise des mesures, mensurations, chiffres,
échelles dans une ivresse difficile à communiquer
musicalement. Tant d'abstraction mérite un traitement
spécial. Il est simple et amusant de décrypter comment
je m'en suis peut-être sorti. Ce conte philosophique
débute comme une légère comédie pour peu
à peu s'orienter implacablement vers la métaphysique et
des questions vertigineuses que tout être pensant devrait
méditer au-delà des coups de griffes et des
règlements de compte personnels... Les enfants sont
immergés dans l'imaginaire de Gulliver, de l'infiniment petit,
de l'absurde et de l'intelligible...
Une femme et son
« récitant collé », nous racontent une
histoire invraisemblable, pas tellement !
Micromégas développe sa série avec ostentation.
Le Saturnien se blottit dans l'univers microtonal, et quant aux
animalcules, ils sont un et tout, ventriloques égarés,
pitoyables et sublimes, incompréhensibles et si sensés
: le paradoxe quoi ! Des citations, des allusions, des clins d'yeux
tentent de détruire ce discours musical déjà
accidenté, ces microcosmes qui s'enchaînent dans une
continuité si discontinue. Flûtes et saxophones
constellent le chemin d'éventails multiphoniques maniaques,
sans concession ; un vrai concerto quelque part... oxydations
foisonnantes d'une harmonie frêle... Comme dans les Poupies
siciliennes, la naïveté prend le pas quand le Sirien et
le Saturnien se cognent à la terre en se glissant sur le
toboggan d'une aurore boréale ; à ce signal,
l'orchestre enfin déclenche le voyage trop tard, et
pourtant... comme dans certaines vies, les événements
arrivent parfois après, quand les personnages sont
passés...
L'action lyrique,
intitulée Micromégas, dans ses
péripéties, rend hommage à l'enfance et à
une musique enchaînant airs et récitatifs, offrant
toujours la prépondérance à la voix et à
la virgule et à toutes les ponctuations possibles.
Micromégas n'est pas un anti-opéra, ce n'est pas non
plus un opéra ; - il se prête parfaitement à des
représentations scéniques, même s'il ne
correspond pas à un livret habituel d'opéra. Qu'il ait
été prédéfini il y a environ 25 ans ne
change rien à l'affaire : il reste béant à
l'actualité, la relativité, les talibans, les
atomes...
Lors de la
création de la première version, la mise en
scène était confiée à Jean Dautremay.
Le conte philosophique Micromégas donne lieu à un
livret musical admirable : l'unité formelle, la force des
idées, le jeu spirituel sur la relativité (et les
variétés constantes de l'Univers), l'esprit caustique
qui parcourt le récit où chacun en prend pour son
grade, gardent leur actualité vivace. Des scènes de
genre, typées et resserrées, s'y dénombrent : la
femme délaissée par son amant (ah ! cruel), le fervent
hymne à la nature (ô atomes intelligents !), des
êtres pensants duettistes puis confrontés aux
animalcules terrestres... Dans une machine à langage de haute
précision, elliptique et aérée, se distille un
style étourdissant, d'une bouffonnerie légère.
Il s'y glisse insidieusement et inéluctablement
l'inquiétude originelle et une analyse acérée de
l'absurdité des motivations de la guerre, du fanatisme et
autres avatars de la nature humaine.
Toutes ces qualités et difficultés de Micromégas m'ont immédiatement séduit et incité à accepter cette gageure. D'entrée de jeu, l'irrespect et le danger assumé donnaient un profil inattendu à mon travail. Musicalement, le découpage du conte s'insère dans un ingénieux livret. Quatre personnages, dont deux géants, se distribuent le texte face à nos dérisoires et émouvants animalcules. Micromégas, auquel est assigné une super-série des plus beaux jours (!) comme on n'en fait peut-être plus..., le Saturnien fonctionnant sur une série en quarts de tons, dérivée de celle de Micromégas, puisqu'il est, en quelque sorte, son miroir, son dialogue, sa réponse et sa question, la maîtresse du Saturnien (figée dans un aria da capo musclé et larmoyant) rapidement balancée hors du livret par la sauvage misogynie de notre auteur...
Enfin la femme, initiatrice-accoucheuse, qui traverse le conte, constitue une "broche" qui annonce, décrit, conclut l'affaire... survivante de la chanson d'Aube du Moyen-Age, elle supervise et tire les ficelles de notre couple Micromégas/le Saturnien, réincarnant un peu, éventuellement, le Testo de Tancrède et Clorinde. Témoin, présentateur, moraliste, ce personnage androgyne est le seul qui, d'une précaire, crayeuse, gauche, misérable tonalité de ré majeur/mineur, évolue vers la suspension, la dissolution de celle-ci pour mourir enfin aux rivages anciens des quarts de tons d'une époque oubliée et reculée : la fin du XXe siècle. Les terriens animalcules philosophiques sont confiés à un choeur à six voix déjà discrètement présent dès le début de l'action ; leur marge de manoeuvre circule dans un continuum inintelligibilité - lisibilité.

Paul Méfano - extrait
du livret du disque