cd Micromégas (Paul Méfano)

éditions musicales européennes

Micromégas de Paul MÉFANO

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emepublish.com

mise à jour : 25 Juin 2007

compositeurs européens

CZ

Ondrej Adámek

D

Carsten Hennig
Johannes Schöllhorn
Mathias Spahlinger

E

Alberto Posadas

F

Bernard Cavanna
Joël-François Durand
Suzanne Giraud
Octavio López
Alain Louvier
Frédérick Martin
Paul Méfano
François Narboni
Thierry Pécou
Philippe Schoeller

I

Aureliano Cattaneo

RO

Aurèle Stroë

CH

Gérard Zinsstag

PAUL MÉFANO
MICROMEGAS

action lyrique en 7 tableaux sur le texte intégral de Voltaire

Micromégas : Nicholas Isherwood, basse
La conteuse : Kaoli Isshiki, soprano
La femme du Saturnien : Rayanne Dupuis, soprano
Le Saturnien : Eric Trémolières, ténor
Récitant : Pierre Villa-Loumagne

Les Animalcules : Sandrine Eyglier, Iane Roulleau, Olga Gurgovska,
Christophe Crapez, Paul Alexandre Dubois, Bruno Rostand

Ensemble 2e2m
direction : Pierre ROULLIER

CD Maguelone MAG 111.170 www.maguelone.com


 


De la Comédie à la Métaphysique
Micromégas est un sujet impossible à musicaliser. Micromégas est un sujet parfaitement constitué pour être musicalisé !
Sept scènes, les sept couleurs primitives de l'arc-en-ciel, l'air de la femme délaissée, l'air de l'oiseau, l'hymne à la nature, entonné à deux reprises différemment... deux personnages singuliers qui dialoguent amoureusement des choses de la vie et de la relativité des mondes : il y a là lieu à fantasmes de notes de toutes sortes ! Voltaire utilise des mesures, mensurations, chiffres, échelles dans une ivresse difficile à communiquer musicalement. Tant d'abstraction mérite un traitement spécial. Il est simple et amusant de décrypter comment je m'en suis peut-être sorti. Ce conte philosophique débute comme une légère comédie pour peu à peu s'orienter implacablement vers la métaphysique et des questions vertigineuses que tout être pensant devrait méditer au-delà des coups de griffes et des règlements de compte personnels... Les enfants sont immergés dans l'imaginaire de Gulliver, de l'infiniment petit, de l'absurde et de l'intelligible...

Une femme et son « récitant collé », nous racontent une histoire invraisemblable, pas tellement !
Micromégas développe sa série avec ostentation. Le Saturnien se blottit dans l'univers microtonal, et quant aux animalcules, ils sont un et tout, ventriloques égarés, pitoyables et sublimes, incompréhensibles et si sensés : le paradoxe quoi ! Des citations, des allusions, des clins d'yeux tentent de détruire ce discours musical déjà accidenté, ces microcosmes qui s'enchaînent dans une continuité si discontinue. Flûtes et saxophones constellent le chemin d'éventails multiphoniques maniaques, sans concession ; un vrai concerto quelque part... oxydations foisonnantes d'une harmonie frêle... Comme dans les Poupies siciliennes, la naïveté prend le pas quand le Sirien et le Saturnien se cognent à la terre en se glissant sur le toboggan d'une aurore boréale ; à ce signal, l'orchestre enfin déclenche le voyage trop tard, et pourtant... comme dans certaines vies, les événements arrivent parfois après, quand les personnages sont passés...

L'action lyrique, intitulée Micromégas, dans ses péripéties, rend hommage à l'enfance et à une musique enchaînant airs et récitatifs, offrant toujours la prépondérance à la voix et à la virgule et à toutes les ponctuations possibles.
Micromégas n'est pas un anti-opéra, ce n'est pas non plus un opéra ; - il se prête parfaitement à des représentations scéniques, même s'il ne correspond pas à un livret habituel d'opéra. Qu'il ait été prédéfini il y a environ 25 ans ne change rien à l'affaire : il reste béant à l'actualité, la relativité, les talibans, les atomes...

Lors de la création de la première version, la mise en scène était confiée à Jean Dautremay.
Le conte philosophique Micromégas donne lieu à un livret musical admirable : l'unité formelle, la force des idées, le jeu spirituel sur la relativité (et les variétés constantes de l'Univers), l'esprit caustique qui parcourt le récit où chacun en prend pour son grade, gardent leur actualité vivace. Des scènes de genre, typées et resserrées, s'y dénombrent : la femme délaissée par son amant (ah ! cruel), le fervent hymne à la nature (ô atomes intelligents !), des êtres pensants duettistes puis confrontés aux animalcules terrestres... Dans une machine à langage de haute précision, elliptique et aérée, se distille un style étourdissant, d'une bouffonnerie légère. Il s'y glisse insidieusement et inéluctablement l'inquiétude originelle et une analyse acérée de l'absurdité des motivations de la guerre, du fanatisme et autres avatars de la nature humaine.

Toutes ces qualités et difficultés de Micromégas m'ont immédiatement séduit et incité à accepter cette gageure. D'entrée de jeu, l'irrespect et le danger assumé donnaient un profil inattendu à mon travail. Musicalement, le découpage du conte s'insère dans un ingénieux livret. Quatre personnages, dont deux géants, se distribuent le texte face à nos dérisoires et émouvants animalcules. Micromégas, auquel est assigné une super-série des plus beaux jours (!) comme on n'en fait peut-être plus..., le Saturnien fonctionnant sur une série en quarts de tons, dérivée de celle de Micromégas, puisqu'il est, en quelque sorte, son miroir, son dialogue, sa réponse et sa question, la maîtresse du Saturnien (figée dans un aria da capo musclé et larmoyant) rapidement balancée hors du livret par la sauvage misogynie de notre auteur...

Enfin la femme, initiatrice-accoucheuse, qui traverse le conte, constitue une "broche" qui annonce, décrit, conclut l'affaire... survivante de la chanson d'Aube du Moyen-Age, elle supervise et tire les ficelles de notre couple Micromégas/le Saturnien, réincarnant un peu, éventuellement, le Testo de Tancrède et Clorinde. Témoin, présentateur, moraliste, ce personnage androgyne est le seul qui, d'une précaire, crayeuse, gauche, misérable tonalité de ré majeur/mineur, évolue vers la suspension, la dissolution de celle-ci pour mourir enfin aux rivages anciens des quarts de tons d'une époque oubliée et reculée : la fin du XXe siècle. Les terriens animalcules philosophiques sont confiés à un choeur à six voix déjà discrètement présent dès le début de l'action ; leur marge de manoeuvre circule dans un continuum inintelligibilité - lisibilité.

 
Paul Méfano - extrait du livret du disque