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cd - L'Indien des neiges (Jacques Rebotier) |
éditions musicales européennes | ||||||||||||||||||||||||||||||||
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La marche au blanc
J'aime la compacité des masses, de voix, ou d'instruments de même tessiture. L'Indien Neige est en ce sens pour moi une continuation d'un travail sur les blocs, celui du Requiem par exemple, avec ses sept voix et ses sept clarinettes.
Ici 32 cordes, et quelques autres, vocales. Les plus chauds des instruments, les cordes, le plus chaud d'entre eux, le violoncelle. Et plus chaud que les plus chauds instruments : la voix. Au coeur de cette extrême chaleur, réside pourtant une froideur extrême : celle du non-vibrato. Le langage naturel de la voix de l'enfant. Qui parfois dans l'aigu soudain vous saisit, comme sait aussi vous glacer l'aigu d'une harmonique, ou d'un accord d'harmoniques, des violoncelles. L'Indien des neiges, ou pour moi "L'Indien Neige" &endash; un indien nommé Neige &endash; ; ou, plus loin encore : "L'Indien neige", &endash; qui imposerait de penser ce court-circuit mental d'un indien qui neigerait ! Une traversée, du personnel à l' "impersonnel" au fond, qui est aussi l'itinéraire même de notre méta-héros &endash; un chanteur d'opéra héros d'un opéra pour enfants &endash;, un ténor qui détonne, apprenant à chanter juste, c'est-à-dire faux : initiation, ou éducation à rebours. Les enfants, qui sont aussi des pingouins, les enfants blancs et froids sont les initiateurs, et leurs voix non vibrées, parce que non placées, "déplacent" l'adulte, renverse d'un cri sa perspective (de réussite sociale compulsive, quête infinie de pouvoir et d'argent, carrière), et l'attire pas à pas vers le blanc. L'Indien Neige présente la face lisse d'une forme bien connue, celle de l'opéra comique, avec son découpage ironique mais classique en récitatifs, airs (à refrains, même), choeursŠ Il obéit pourtant à une dramaturgie musicale lente et secrète, qui fait l'¦uvre glisser peu à peu ; dérive vers l'aigu, le froid, le blanc. De l'Ouverture de violoncelles qui tentent de se prendre pour des contrebasses, en passant par les sables mouvants des glissandos, qui réinitialisent en quelque sorte les fondements harmoniques utiles, aux tissages d'harmoniques ascendants de l'Air de fin. Candidat au candide, le visage même du ténor devient pâle, comme pâlissent les harmonies, instables, sur un tapis mouvant de tiers de tons. Ténor finit en falsetto, s'évanouissant graduellement dans un aigu détimbré &endash; dénudé de son timbre &endash;, voix blanchie, enfin blanche. Jacques Rebotier
Jacques Rebotier - compositeur
Né en 1950 à Paris, Jacques Rebotier a fait ses études musicales au Conservatoire National Supérieur de Paris. Il enseigne l'écriture et l'analyse musicale de 1974 à 1983 à la Sorbonne, puis, de 1985 à 1989, est Inspecteur Principal de la musique au Ministère de la Culture. Il se consacre exclusivement depuis 1989 à l'écriture et à la création. Sa sensibilité de compositeur le porte vers une musique libre et expressive. Il s'intéresse particulièrement aux rapports de la musique avec le texte, et pratique lui-même la poésie orale. Ses oeuvres ont été jouées par des ensembles tels que Aleph, 2E2M, l'Ensemble Intercontemporain, Ars Nova, Sillages, Accroche Note, l'Orchestre Philharmonique de Radio-France, l'Orchestre d'Ile-de- France, Courtcircuit, et par de nombreux interprètes en France et dans le monde entier. P(l)ages, qui l'a fait connaître, a été créé en 1988 au Centre Pompidou par Michael Lonsdale et l'Ensemble2E2M. Son Requiem (1994), écrit pour 7 voix, 7 clarinettes, 7 morts, accordéon, cymbalum, soprano solo et ch¦ur d'enfants a été donné à de nombreuses reprises sous la direction de Rachid Saphir, puis dans d'autres productions. Trois tremblements (1995) pour accordéon a été créé par Pascal Contet et De rien (1995) par l'ensemble Intercontemporain. Bonjour, pour petit choeur parlé-chanté, lui a été commandé en 1995 par l'Institut Européen de chant choral au Luxembourg, Chants de ménage et d'amour pour orchestre symphonique (1999) est une commande de Radio-France. Parmi ses oeuvres, on peut encore citer Accidents de discours, Miserere, Soif d'aujourd'hui et D'ailleurs pour clarinette(s), La musique adoucit les sons pour contrebassisterécitant, de nombreuses pièces voix seules (La terre et son ombre, Todo bem, Litanie du Coup de la foudre, Litanie du désamourŠ), des pièces pour ensemble vocal comme Keno-ko-an (1988) ou Tapez 1 (2005), et ses 66 Brèves pour 66 instrumentistes-récitants, qui déclinent les relations d'un instrument solo avec une diction musicalisée portée par le musicien lui-même. Il a signé également plusieurs musiques de scène, notamment pour Valère Novarina. Il est l'auteur et le metteur en scène de spectacles théâtraux/musicaux tels que Aphorismes et périls, avec Michaël Lonsdale, La voix du tube, avec Elise Caron et Pierre Charial, La musique adoucit les sons (Théâtre du Lierre, 1992), Réponse à la question précédente (Théâtre de l'Athénée, 1993, Théâtre de la Bastille, 1998), Vengeance tardive (Théâtre National de Strasbourg, 1995 ), Quelques nouvelles du facteur (Quartz de Brest, Festival Musica, Centre Pompidou, 1996), Eloge de l'ombre -de Tanizaki- (Théâtre des Amandiers de Nanterre), (Voir plus haut) -cirque-théâtre -, Zoo-musique (38e Rugissants, Théâtre de Vitry 1999). Ecrivain, il a publié de nombreux textes aux Editions Brandes, Gallimard, Les Solitaires intempestifs, Æncrages, Spectres familiers, Actes-Sud, Harpo &. Son travail de poésie orale, seul ou en compagnie de musiciens (Elise Caron, Gérard Buquet, Louis Sclavis, Dominique Pifarely, Alexandre Meyer, Frédéric Minière, Hélène LabarrièreŠ) porte sur tous les aspects du phrasé, de l'articulation, intonation, accentuation, rythme, et par là-même, rejoint son activité de compositeur.

Jacques Rebotier - extrait du livret du disque