cd Suzanne Giraud - Envoûtements

éditions musicales européennes

MFA 216037 Suzanne Giraud

To one in Paradise
Sylvie Sullé et l'Orchestre Philharmonique de Radio France, dir. Laurent Cuniot
Envoûtements
Irvine Arditti
Envoûtements II
Clara Novakova, Jean Geoffroy
Envoûtements III
ensemble Accroche Note
Envoûtements IV
quatuor Arditti


CD MFA Radio France
avec le soutien de la Fondation d'entreprise France Telecom

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emepublish.com

mise à jour : 25 Juin 2007

compositeurs européens

CZ

Ondrej Adámek

D

Carsten Hennig
Johannes Schöllhorn
Mathias Spahlinger

E

Alberto Posadas

F

Bernard Cavanna
Joël-François Durand
Suzanne Giraud
Octavio López
Alain Louvier
Frédérick Martin
Paul Méfano
François Narboni
Thierry Pécou
Philippe Schoeller

I

Aureliano Cattaneo

RO

Aurèle Stroë

CH

Gérard Zinsstag

Le Monde de la Musique n° 255 - juin 2001 (page 84) [4 étoiles]
Répertoire n° 147 - juin 2001 (page 48) [noté 8]

 

CD disponible auprès de votre disquaire

 

Parution discographique Suzanne Giraud «Envoûtements»
disque dans la collection MFA - Radio France (MFA 216037)*

To One in Paradise pour voix et orchestre

Cette somptueuse partition, immense lied symphonique traitant de la mort et se concluant sur un rayonnant postlude, exalte un sentiment de douleur d'une vibrante humanité. «Me promenant dans les corderies de Rochefort entre deux répétitions, se souvient Suzanne Giraud, j'ai découvert le recueil de Poe dans la traduction de Stéphane Mallarmé. J'ai commencé par travailler sur la prosodie de l'original anglais, la poésie de Poe étant très rythmée, d'abord sur le poids des syllabes, puis sur l'atmosphère du poème, sur les rôles séparés ou confondus des instruments de mon orchestre.» Les quatre strophes du poème de Poe suscitent autant de parties d'une ¦uvre qui se développe à flot continu, un énoncé pour aller vers le tragique, le souffle du destin pour aller vers l'apaisement après avoir traversé les tourments de la mort. Les deux entités voix/orchestre fusionnent dans les mesures ultimes dans une ambiance de lumière, sur des harmonies en quarts de ton, célesta, crotales, harpe scintillant au-dessus de l'orchestre, les cuivres étant également mis en valeur, bien que notés pianississimo, car posés sur les valeurs les plus fortes de l'harmonie. «L'idée du Paradis, confie Giraud, est une aspiration, un désir profond de relâchement de l'étreinte du tourment.» Malgré les circonstances douloureuses de sa genèse, les plus tragiques qu'ait connues son auteur, To One In Paradise participe d'un grand bonheur d'écrire. «Après le travail d'une extrême rigueur sur les quatre premiers Envoûtements et sur Ton c¦ur sur la pente du ciel, j'ai ressenti le besoin de me détendre, d'être plus lyrique. Entre-temps, mon ami est décédé, et le poème de Poe évoque admirablement cet ami qui s'était lui-même remis à lire le poète des amours mortes, des êtres disparus, du deuil.»

Envoûtements I pour violon seul;
Envoûtements II pour flûte alto et marimba;
Envoûtements III pour voix, clarinette et percussions;
Envoûtements IV pour quatuor à cordes

L'alliage de la voix de soprano et de la clarinette formant un contraste des plus langoureux, le troisième volet de la série des Envoûtements est tout naturellement dévolu à l'amour, à l'enchantement amoureux. D'autant que, partie intégrante du corps, l'instrument-voix est intimement lié au sensible. Carmen envoûte Don José, Lulu tous les êtres qui l'entourentŠ Les vers de Jeremy Drake, qui évoquent un poète se souvenant du dernier week-end qu'il passa avec son amante dont il est depuis, séparé, ne font que suggérer l'érotisme, ce qui les rend d'autant plus puissants. «La suggestion a plus de force que l'énoncé», selon la formule du compositeur, qui a ainsi été conduite à affiner encore davantage sa technique pour camper une atmosphère plus significative que si elle avait été exprimée de façon triviale. Certains mots sont décalés, comme le verbe «transpercer» qui a un potentiel d'érotisme plutôt violent, alors que, dans le poème, il se place dans un tout autre contexte. Le plan d'Envoûtements III obéit aux mêmes proportions que celui d'Envoûtements II, mais sa tessiture est évolutive, les instruments à percussion changeant d'un cercle à l'autre, tout comme les effectifs. Ainsi, dans le deuxième cercle, la voix est absente, sa charge émotive étant si accaparante que le compositeur a choisi d'en doser les interventions. L'¦uvre n'est pas dépourvue d'effets, les souvenirs du poète suscitant notamment une alternance de lointain et de proximité. La voix est placée au premier plan parce qu'elle porte le texte, qui reste constamment perceptible et compréhensible, alors que la clarinette en trace l'ombre portée et que la percussion ponctue et commente l'ensemble.

Bruno Serrou
(extrait de la notice du disque, avec l'aimable autorisation de MFA - Radio France)